jueves, 8 de febrero de 2018


                                    ENTRE L´AMOUR ET LA MORT
                                     UN TON, UN ÉTHOS
                           TA CRÉATION / TRADUCTION

                                               Leonor Merino
                                   Dª Universidad Autónoma de Madrid
                                   escritora,  poeta, traductora

                                              

Prélude à l’au-delà


            « Pour ne pas te dire adieu », Assia, je t’écris en 2013[1] – trois années avant ta mort[2] –. Mais, depuis quand nous connaissons-nous ?

            Ne t’en fais pas, je te le rappelle, depuis 1992 : à ce moment-là, je suis émue à tes côtés au Bellas Artes de Madrid, tandis que toi, tu écoutes rêveuse nos mots égrainés sur l’audience.

            Puis, nous allons à pied à la cafétéria Hotel Victoria, où tu es logée avec tout un évantail d’écrivains Maghrébins (nous ne savons pas encore, aïe!, que notre poète si aimé, Tahar Djaout, va être assassiné juste une année après).

            Nous nous asseyons autour d’une petite table et tu me dis d’un sourire complice : « invite-moi à un café... ».

            Moi, toujours ailleurs, encore émue, dans ma main une petite cassette, tandis que je réfléchis sur les questions que je vais te poser afin de rédiger un travail universitaire.

            Ma première question se dessine, s’emmèle dans l’air, dans notre ambience subtile et fraternelle, lorsque je m’aperçois que tes yeux, ta bouche, ton visage intelligent et persuasif s’intéressent, soudainement, à mon travail, à ma vie.

            Alors, moi..., je commence à déverser tout un flot de mes pensées, mes chagrins, mes pulsions, mes désirs et, pour la première fois, j’avoue mon secret ! : je tisse des poèmes, depuis longtemps.

            Toi, tu me donnes un conseil – t’en souviens-tu ? – : « écris ces vers, tu les places à l’intérieur de ton récit, la mort de ta mère, la coupe de cheveux dorés de ton fils... ».

            Avec la rapidité de l’éclair qui m’éblouit, je me rends compte que tu possèdes une forte attraction, je veux te dire que tu as un grand pouvoir puisque tu es la meilleure détentrice de l’empathie – la clé de la bonté et de la compassion – ; que tu as un grand don – de la perspicacité – et que tu es une fine écouteuse pour accueillir l’Autre, afin de l’abriter.

            Oui, tout à coup, nos rôles s’invertissent : c’est moi qui te déverse dessus mon for intérieur, et c’est toi qui absorbes – patiemment et sagement – mes confessions.

            Toi mon écouteuse, t’oubliant de toi même, tout en restant énormement réceptive, généreuse, humble. Tu détiens l’art de l’architecture de tes récits intertextuels, forgés sur l’écriture et l’écoute.


                                               Les années s’écoulent.
                                               Le Temps nous cache,
                        en emportant nos émotions avec son écume.







            Tu publies des textes magnifiques. J’écris sur eux[3]  – et sur d’autres oeuvres de beaucoup d’autres auteurs Maghrébins.

            Mais – maktoub !  – : un très important événement culturel – « Hay Festival » – m’invite pour te présenter à Granada, au salon Palacio de Carlos V, situé à l'Alhambra, la fortifiée – Al qal’a al-Hamra', Forteresse Rouge –, qui était la résidence royale de la cour de Grenade au XIIIème siècle, après la construction du premier palais par Mohammed ibn Youssouf ben Nasr : plus connu par Ben Al Ahmar (El Rojo).

            La date de notre rencontre : le 10 mai 2009 !

            Comme nous sommes heureuses lorsque je te présente et parle de tes oeuvres dans un cadre si majestueux. Ensuite, nous maintenons une conversation devant un public en communion avec nous. Les organisateurs nous avouent que notre rencontre a été l’une des plus émouvantes – pour finaliser, on nous offre deux roses blanches toutes fraîches.

            Puis, notre promenade à la tombée de la nuit, foulant les ruelles pavées en pente – extasiées devant l’Alhambra illuminée.

            Quelle beauté majestueuse dominant la ville aux lumières scintillantes.
            Nos longs silences.

            Nos émotions aiguës, rivées à nos regards devant cet espectacle.

            Toi, dans tes habituelles revêries de plaisirs sensuels d’un temps méditérranéen : ton esprit errant dans les couloirs du passé.

            Moi, songéant que tu as toujours, comme un trésor, la vieille clé rouillée de tes ancêtres : là-bas, à Césarée de Maurétanie, l'ancienne capitale, ruinée, puis repeuplée par l’exode andalou.







            Et pendant trois soirées, nos lents dîners à l’hotel luxueux, Alhambra Palace.

            Attablées – nous sommes si à l’aise ! –. Tu me racontes ta chute récente dans ta cuisine : tu avais encore de petites croûtes de ces blessures aux genoux, au visage.

            Tes confidences – que tu m’as prié de garder – : « Léonor, ce sont pour toi ».

            Ton esprit toujours imprégné de ton dernier roman : un cercle concentrique – cercle de « soie » ou de soi[même] ?[4] – rend compte de la belle architecture d’un texte rétrospectif, Nulle part dans la maison de mon père : deux mois après notre rencontre j’en offre un compte-rendu au public espagnol[5].

            Et ces vagues ascendantes de ta douleur – je les ressens encore – : « contre la ségrégation de mon héritage »[6], car tu n’éprouves pas seulement l'exile intérieur mais l'exile spatial et familial, tout en t’érigeant contre tout ce que tu considères injuste avec ta liberté : « contre ce faux chevalier en proie aux ombres de sorcières ou d’envieuses, femmes anges et putains qui l’avaient entouré, adulé, annihilé »[7].

            Ton écriture de transhumance comme une suite du silence qui te pèse, qui endure encore une autre vague de douleur : « la branche paternelle compte pour l’héritage, et donc pour les mariages d’intérêts »[8].

            Tu me chouchoutes – tes yeux embués d’amertume – : « Je n’ai plus de maison de mon père [...], dans un pays dit libéré où toutes les filles sont impunément déshéritées par les fils de leurs pères »[9].





Je t’offre mes vers :


           
Regards étouffées
                        au crépuscule,
pincement de nostalgie.

Larmes invisibles
                        aux paupières suspendues,
                                               jamais perlées.



            Tu secoues ta tête – une lame de cheveux châtains.

            L’esquisse de ton sourire –  se fondant dans l’univers.

            Et voilà comment tu me parles d’une personne dont tu es très reconnaissante : « une jeune femme à Paris qui mène un club de lecture sur mon oeuvre ! Elle s’appelle Amel Chaouati ».

            Et toi de détacher ces syllabes : « Cha-ou-a-ti » – au cas où j’oublie ce nom de famille algérois.

            Je souris devant tes yeux écarquillés – je souris encore au souvenir de ton acuité, Assia.





Traduire avec une baguette musicale


            Et voilà, je rencontre Amel Chaouati à Tizi-Ouzou, à la Faculté des Lettres et des Langues de l’Université Mouloud Mammeri, où elle nous réunit pour te rendre un grand hommage autour de ton « expérience créative ou l’oeuvre d’une vie ».

            Me voici à nouveau, depuis de nombreux travaux que je te consacre dont le plus important : La mujer y el lenguaje de su cuerpo. Voces Literarias del Magreb[10] – le corps est aussi une langue –, afin de t’offrir mon point de vue de ma lecture de tes textes avec de la rigueur, avec de la sensibilité intime, car ton écriture je la ressent – je la « respire » – dans son rythme, sa poétique, sa musicalité.

            Ton écriture : l'ivresse vers l'imprécis d'un avenir alternant, en se plongeant, en même temps, dans un passé endormi et dans le magma des souvenirs collectifs.

            Pour faire jaillir cette fontaine primitive, sans adultérer sa pureté et puisqu’on ne peut pas utiliser ta langue maternelle – qui est orale et par conséquence non écrite –, tu fais appel à d'autres langues qui peuvent se traduire intimement au français :

            Un flux sanguin de ton écriture, qantara secret entre la langue française conceptuelle, la langue arabe voluptueuse et l’autre langue de « l’irréductibilité »[11]. 






            Voilà comment j’apprehénde la traduction de ton écriture :


Plante abattue
Mémoire percée d'un hier cassé de failles.

Revenue à son antre virginal
traduit son espace indolent,
artistique    intérieur
            va-et-vient
            de l'arabe au français
                        au berbère
                        à l'alphabet amazigh des touaregs.




           
            Toi, éprise de passion par les langages et son tangage, c’est ma même passion – toutes les distances sauvées[12].

            Je ressens les langues qui t’abritent, t’habillent, avec des voies de liaison innombrables.

            Sachant qu’il n’y a pas de langue pure – ni de sang pur –, tu pars en quête d’un langage secret : une écriture musicale capable d’approfondir, dans son introspection, vers des territoires inexplorés.

            Cette langue de coeur[13], la langue de « lait intarissable » aussi décrite par Hélène Cixous, mais pas toujours une écriture « langue blanche »[14], comme celle de l’écrivaine oranaise, sinon un réquiem désespéré, un beau récit, liturgique[15].

            « Cette langue était autrefois sarcophage des [tiens] »[16].

            Ton art magique de raconter et l'enchantement de ton écriture évocatrice de sensations subtiles, non seulement en ce qui concerne la sonorité du mot choisi, mais aussi au niveau de l'intellect.

            Tes mots émouvants qui arrivent bercés par de grandes lames.

            Parfois, comme un gémissement langoureux et douloureux.

            D’autres fois comme un cri soutenu : ces souffrances des voix de jadis et d’aujourd’hui, des victimes de la violence patriarcale et, surtout du génocide colonial français.

            Ta voix qui prête ton haleine à d’autres voix : celles de tes soeurs de race avec lesquelles tu partages le chemin angoissé qui les emmène à la « lumière ».

            Tes romans si riches en évocations historiques, avec des références sociales et des expressions psychologiques. Tandis que tu t'abandonnes au flux de la mémoire intimiste – va-et-vient du Temps et de l'espace –, sculptant tes mots, exprimant le désir véhément d'aller enquêter encore plus loin, dans l'Histoire, la musique, l'art, la philosophie, le grec antique, le latin, la langue libyque-berbère, la mémoire collective[17].




            Toujours avec ton émotion, ta lucidité sensible et ta pudeur exquise, dans la trace d'une histoire individuelle dont l'ombre projetée est celle de ton peuple algérien et de ta souche.

            Toi, scribe de l’Histoire de ton peuple qui endosses la souffrance des Algériens – l’espoir aussi – et l’intègres dans leur propre histoire.

            Alors, quand la fiction accompagne l'Histoire contemporaine, une certaine vérité et un désir ardent illuminent la face de notre monde.

            Tu sais bien – comme aucune autre personne – que les blessures, que je porte dans mon âme, sont celles qui m'ont été déversées par beaucoup d'écrivaines Maghrébines, par des écrivaines Algériennes, mais surtout par toi : leur étandart, leur ancêtre dans leurs écritures !

            Mais malgré ces opprobres, je n’oublierais jamais lorsque ton corps illuminé, acquiert son éclat à un âge, si tendre :

            Tes pieds d’un pas résolu entament le chemin de l’école.

            Tes yeux osent regarder l’arc-en-ciel, l´écume de la vague de la Mer Océane, les feuillages aspergées par la brumasse du matin automnal. Ton regard affronte les visages hargneux et les lèvres envieuses, parées d’une grimace d’amertume devant la transgression des réglès ancestrales et devant la réponse de ta mère à celles-là qui s’inquièrent pourquoi tu n’es pas voilée : « elle lit »[18].

            Indolemment, tu hausses tes épaules.

            À tes côtés : une ombre protectrice, haute et droite, coiffée d’un fès.


            Assia, pour hommager ce jour de « lumière », où lire et écrire dans cette langue dans les années 1950, était pour toi - pour toutes les fenmmes - une façon d'accéder au savoir et de sortir du cercle exclusivement féminin, je t’offre mon Poème en espagnol et traduit en français et en arabe[19].

                                               1 grito // 3 GRITOS


                        Noticia: una niña ha nacido
                        –de la sequía–.

                        No aumentará la riqueza
                        Ni vencerá al enemigo
                        Ni vengará una afrenta

                        Tres son sus salidas:
                        del vientre de su madre
                        a la casa del marido
                        camino de su tumba.

                        Enclaustrada,
                        convertida en sombra
                        –pájaro de alas cortadas–
                        mutismo y mirada recatada:

                        Poseída
                        Diabólica
                        Velada

                        Albórbolas: un niño ha nacido
                        –¡fin de la sequía!


                        Pero ahora, ella lee –iqra / اقرأ–:
                        las palabras alumbradas
                        corta las amarras
                        de la mano del padre
                        camino de la escuela.

                                                           ***

                                               1 cri // 2 CRIS


                                   Nouvelle : une petite est née
                                               – de la sécheresse

                       Elle n’accroîtra pas la richesse
                       Ni vaincra l’ennemi
                       Ni vengera un outrage

                       Trois sont ses sorties :
                       du ventre de sa mère
                       à la maison du mari
                       au chemin de sa tombe.

                       Cloîtrée,
                       Devenue une ombre
                       – oiseau d’ailes coupées –
                       mutisme et regard retenu :

                       Possédée
                       Diabolique
                       Voilée

                                   Allégresse : un petit est né
                                               – fin de la sécheresse ! –


                       Mais à présent, elle lit –iqra / اقرأ
                       les mots éclairés
                       coupe les amarres
                       de la main de son père
                                                           chemin de l’école.


                                                           ***


صرخة // ثلاثُ صَرخات


خبر: طفلة قد وُلـِدَتْ
- مِن القحط -
لن تـزيد الثـّراء
ولن تهزمَ الأعداء
ولن تثأر لإهانـة.

ثلاثةٌ هـُم مَخارجها:
من بطن أمها
إلى بيت زوجها
في طريقها الى القبر.

محبـوسَـة
وقد تحَـوّلت إلى ظِلْ
- إلى طائرٍ قـد قـُصَّ جناحيْه-
سكوتٌ ونظرةٌ مغضوضة.
مملوكة
شيطانية
محجوبة

زغاريد: طفلٌ قد وُلِـد
- نهايةُ القحط! -
غير أنها الآن تقرأ: إقرأ
الكلمات المولودة
تحطِّمُ القيود
ويدها بيد الأب،
في طريقها إلى المدرسة.


Finalement, Assia, comme un cercle – ceinture de notre amitié – qui embrasse le début de ma composition littéraire, je reviens à nos deux conversations :

-  À la cafétéria de l’Hotel Victoria à Madrid, où tu m’avoues que tu relis nos auteurs classiques espagnols et ton admiration pour Ana Mª Matute. Toi, forgeuse laborieuse d’une écriture tressée par plusieurs langues, entrelacée par des fragments de l’oralité, tu me dis à mi-voix :
« La littérature est une réponse à la vie comme une autre quelconque, comme la musique, la danse, la peinture, l’amour... ou avoir des enfants... ».

- À l’Hotel Alhambra Palace à Granada où tu m’écris – dans tous tes romans – de précieuses dédicaces dont la suivante ci-dessous :

à Paris, à N. Y., ailleurs – dans l’au-delà, on se rencontrera un jour.

Incha ´Allah !
  




[1] - Leonor Merino, « Assia Djebar ou l’art de tisser la phrase: Une caravelle, ses ailes déployées, titillantes, vers le processus de création avec empátheia – herméneutique de l’amour », in El Khitab N°16, pp. 61-72 : Revue du Laboratoire Analyse du Discours, UNIVERSITÉ MOULOUD MAMMERI (Tizi Ouzou - Algérie).
[2] - Leonor Merino, « Assia Djebar, el arte de tejer la frase », EL PAÍS (Madrid), 18 febrero, 2015.
- Leonor Merino, « Escritoras magrebíes, lianas entrelazadas, taraceadas ». Conferencia en Librería y Editorial “Diwan”, Madrid, 8 de marzo, 2015: “Día de la Mujer” (ma conférence: « Écrivaines maghrébines, des lianes entrelacées, marquetées »).
[3] - Leonor Merino, ENCRUCIJADA DE LITERATURAS MAGREBÍES, "Centro Francisco Tomás y Valiente", UNIVERSIDAD NACIONAL DE EDUCACIÓN A DISTANCIA, Alzira-Valencia, 2001, 191 p. Colección Interciencias. Préfacé par un connu arabisant, Pedro Martínez Montávez, et avec une lettre touchante de l’écrivain Driss Chraïbi.
Voir un long paragraphe avec ce titre : « Assia Djebar, liberación, inmenso brasero humano », pp. 92-95. Et toute sa bibliographie - ainsi que toutes ses oeuvres traduites à la langue espagnole - jusqu’à 2001.
- Leonor Merino, « La mujer magrebí: exclusión y poder », AWRAQ (Instituto de Cooperación con el Mundo Árabe), Madrid, nº 12, 1991, pp. 161-178. (une étude comparative à travers « la femme maghrébine: exclusion et pouvoir »).
- Leonor Merino, « Estallidos de la memoria y de la voz sumergidos en el magma de los recuerdos colectivos, en la escritura de Assia Djebar », Francofonía, UNIVERSIDAD DE CÁDIZ, nº 4, 1995, pp. 251-261. (« Éclatements de la mémoire et de la voix submergés dans le magma des souvenirs collectifs, dans l’écriture d’Assia Djebar »).
- Leonor Merino, « La mujer magrebí en la obra de la escritora argelina de lengua francesa Assia Djebar », LEA (Madrid) La Escuela Agustiniana, Colegios Universitarios, nº 50, enero-marzo 1995, pp. 49-54. (« La femme Maghrébine dans l’oeuvre de l’écrivaine algérienne de langue française Assia Djebar »).
- Leonor Merino, « Las tumbas del silencio: Assia Djebar », "La Esfera" (suplément culturel), El Mundo (Madrid) sábado 7 de marzo, 1998, p. 16. (Sur l’écriture de Vaste est la prison).
- Leonor Merino, « El blanco de Argelia: Assia Djebar », Diario 16 (Madrid) jueves 20 octubre 1998, p. 10. (Sur l’écriture de Le Blanc de l'Algérie).
- Leonor Merino, « Conversation entre Assia Djebar et Leonor Merino » dans le cadre de « Hay Festival », Palacio de Carlos V, Granada. Ma présentation d’Assia Djebar et une étude de toute son oeuvre -  jusqu’à Nulle part dans la maison de mon père -, publiées au « Cercle des Amis d'Assia Djebar », par Amel Chaouati, Présidente de ce Cercle, 13 mai, 2009. Dite présentation je l’ai traduite à ma langue maternelle : l’espagnol.
[4] Je me/te le demande, Assia, devant ta Postface : « “Silence sur soie” où l’écriture en fuite », Nulle part dans la maison de mon père, Paris, Éditions Fayard, 2007, p. 401.
[5] - Leonor Merino: « Sin habitación propia », El País (Madrid) “Babelia 919”, suplemento cultural, sábado 4 julio, 2009, p. 11.
[6] Assia Djebar, L’Amour, la fantasia, Paris, Jean-Caude Lattès, 1985, p. 92.
[7] Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père, cit., p. 376.
[8] Assia Djebar, Vaste est la Prison, Paris, Albin Michel, 1995, p. 41.
[9] Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père, cit., p. 386.
[10] CantaArabia, Madrid, 2011, p. 479. “Presentación”: Carmen Ruiz Bravo-V.
[11] Assia Djebar, Le désir sauvage de ne pas oublier, Paris, « Le Monde », 26 octobre 2000. 
[12] Pardonne-moi de t’avouer ces mots en espagnol sur ma poésie, écrits par mon traducteur à la langue arabe, dans mon Recueil Poétique bilingue, espagnol-arabe, El Soplo de la Vida El Polvo de la Tierra, Diwan, Madrid, 2016, p. 169 : “La poesía de Leonor Merino García nace de su perenne búsqueda, ininterrumpida, repleta de ansias de saber, de conocer, de compartir y de solidarizarse, a la vez que está rebosante de afán por indagar en las entrañas y pulsaciones lingüísticas de distintos idiomas, además de sus entre-lazos, persiguiendo el vocablo apropiado y oportuno, la palabra sublime, como alcántara que lleva al "otro", a nuevos horizontes, tanto a aquellos lejanos como a estos que pisan sus pies en el sendero”.
[13] « à la condition de dissimuler ma langue de lait, de la plaquer tout contre moi, au besoin entre mes seins », Assia Djebar, Nulle part dans la maison de mon père, cit., p. 309.
[14] Hélène Cixous, Cathérine Clément, La jeune née, 10/18, Paris, 1975, p. 173.
[15] Assia Djebar, Le Blanc de l’Algérie, Paris, Albin Michel, 1996.
[16] Assia Djebar, L’Amour, la fantasia, Paris, Jean-Claude Lattès, 1985, p. 241.
[17] Prière de lire son très beau discours - le 22 juin 2006 -, lors de son entrée à la prestigieuse Académie Française.
[18] « c’est-à-dire en arabe, elle étudie », Assia Djebar, L’Amour, la fantasia, cit., p. 254.
[19] Publié dans l’Antología Internacional Contra el Abuso Infantil, “Grito de Mujer 2017”. Edita Xabier Susperregi, Biblioteca Grandes Naciones, Grito de Mujer, Festival de Poesía y Arte, País Vasco, marzo, 2017, pp. 113-115.

jueves, 30 de noviembre de 2017


"Beurs y la generación frontera entre dos mundos:
dos escritoras timazighen-catalanas"

                                     Leonor MERINO (UAM)

Ponencia II Congreso Internacional de Estudios Literarios Hispanoafricanos: “África y escrituras periféricas en español”, Universidad de Alcalá de Henares – Madrid


Resumen

Beur remite a un espacio geográfico-cultural, el Magreb, y a un espacio social, la periferia y el proletariado francés. Definición adoptada para los escritores magrebíes procedentes de la inmigración. Pero, ¿qué sucede con las primeras escritoras de la inmigración marroquí y de origen tamazigh Najat El Hachmi y Laila Karrouch? ¿Cómo se insertan sus escrituras en la catalanidad desde la que crean? ¿Cómo se sitúan en comparación con otras escrituras francófonas? ¿Recogen los medios de comunicación españoles estas escrituras pioneras, premiadas, de la misma manera que sus homólogos franceses o como la última edición del Larousse haciéndose eco de la literatura beur?

Palabras clave

Segunda generación, generación frontera, inmigración.


¿En tierra de nadie?


Hace más de veinte años, en Francia, a primeros de diciembre de 1983, el fenómeno beur se manifestaba a plena luz del día mediante la que se denominó la marche des beurs -de la que se hizo eco La Marche: traversée de la France profonde-, seguida de la creación de SOS racisme. Y quien sería después un reconocido escritor, fundador de Radio Beur, Nacer Kettane, en Droit de réponse à la démocratie française, explicaba ese término que los escritores denuncian como excluyente y en el que, sobre todo, los imazighen y las timazighen (los/las bereberes[1]) no se reconocen -pues se consideran descendientes de los habitantes anteriores a la invasión árabe-. Pero desde ese momento, los medios de comunicación se acaparan de ese vocablo, irremediablemente, y los investigadores siguen aún preguntándose: ¿son franceses o árabes los descendientes de los emigrantes de África del Norte?


Entonces, la mayoría de ellos responderá, “las dos cosas”.

Por eso, cuando la espoleada xenofobia les ordena que regresen a su tierra, es normal que argumenten que están donde crecieron y donde, algunos de ellos, nacieron. Sin embargo, en un principio, no sabiendo bien lo que eran se convierten en los A.N.I. (Árabes No Identificados). Más tarde, aunándose alrededor del slogan: “La France est comme une mobylette: pour avancer, il lui faut de mélange”[1], numerosos autores reivindican su alteridad y hablan de su entorno con creaciones oscilantes, entre lo documental y como laboratorio experimental.

Ese diálogo directo, encrespado, obligó a llevar a las mazmorras a los clichés de la novela realista francesa (que algunos escritores pioneros magrebíes de lengua francesa emularon) así como a otras imágenes de Épinal.

Pero veamos ese vocablo, beur, qué significa, de dónde viene: “Beur renvoie à la fois à un espace géograpique et culturel, le Maghreb, et à un espace social, celui de la banlieue et du prolétariat”[1] (Kettane 1986: 21). Leïla Sebbar lo explica en las palabras entrañables que una mujer emigrante -los ojos vivos maquillados con khôl- dirige a su hijo:


Je sais pas pourquoi ils disent Radio-Beur; pourquoi ça Beur, c’est le beurre des Francais, qu’on mange sur le pain?  Je comprends pas.  Pour la couleur?  Ils sont pas comme ca, c’est pas la couleur d’Arabes… [...] - Le fils apprit à la mère que le mot Beur avait été fabriqué à partir du mot Arabe, à l'envers. Il eut du mal à la convaincre que Arabe à l'envers, en partant de la dernière syllabe, donnait Beur; où étaient passés les a, on ne les entendait plus alors qu'il y en avait deux... Le fils ajouta que Beur n'avait rien à voir avec le mot pays. On disait aussi Rebeu pour Arabe... là il n'y avait plus de a et à l'envers, on obtenait facilement Beur. [...] Et puis elle répétait que ça ne sonnait pas bien, que c'était trop comme le mot français pour cet aliment gras et mou qu'elle n'aimait pas...[1] (1984: 27-28).






Que divierta o irrite, que moleste o conforte, esta apelación ofrece la ventaja de simplificar una situación identitaria compleja pero que no debería convertirse, ante todo, en gueto. La escritora Nina Bouraoui señala: “Beur, c’est ludique. Ça rabaisse aussi. Cette génération ni vraiment française, ni vraiment algérienne”[1] (2000: 133).



Luego, cada vez más, este término es rechazado por los mismos escritores y, por otro lado, no debería denominarse de ese modo -si con ello se interpreta como unidad o “escuela estilística”- a esa numerosa creación innovadora en valores y horizontes, que introduce páginas con la lengua de la calle, de lo cotidiano, y que irrumpe con su luz a borbotones.
         Esos primeros jóvenes protagonistas en paro, con problemas de drogadicción, se reúnen en los huecos de las escaleras de los edificios de hormigón, de hacinamiento hormigueante. Hablan de su entorno, de su desarraigo y de “son quartier d’exil”[1] (Barou 1999: 194) -insisten: “le sujet, c’est mon quartier”[2] (Dajaïdani 1999: 12)-, aunque los recorridos sean siempre individuales, de múltiples recorridos, y la mayoría de las veces autobiográficos, en las obras de Mehdi Charef, Hacène Zehar, Azouz Begag, Rachid Djaïdani, Akli Tadjer, Mehdi Lallaoui, Soraya Nini, Hocine Touabti, Ahmed Zitouni, entre otros escritores.
Sin embargo, hay que señalar que no desean que se haga de su escritura una literatura de extrarradio, puesto que no quieren ser relegados a la periferia de la literatura sin tener en cuenta sus urdimbres novelescas integradas en una littérature-monde en francés, como señala la generación posterior a los años ochenta.







Para ellos, en el caso de que los sueños infantiles se hubieran arraigado en tierras de Al-Maghrib, trasladarse a Europa supuso, en un principio, una profunda desorientación. Puesto que cuando la infancia se confunde con el desgarro, la separación del país natal es un duelo que tarda en sanar.
Sobre todo cuando, en la relación entre los inmigrantes y la sociedad francesa, las comunidades “coexisten” pero “no cohabitan” (Sayad 1999: 209).
De ahí que el recurso al humor y a un estilo trepidante sea señal de tensión, frustración, fracaso. Catarsis, supervivencia, en ocasiones, cuando la incertidumbre se mezcla con lo trágico.



Por eso el filósofo francés Olivier Mongin se plantea De quoi rions-nous? (2007), y el humorista argelino, Mohamed Fellag -que hace malabares con las identidades y desencadena la liberación por medio de la risa- explica:

Quand nous serons gros et heureux et que chacun aura un emploi, un logement et un peu d’amour, nous pourrons alors nous raconter des histoires à l’eau de rose. Mais nous en avons encore pour longtemps à rire violemment[1] (1992).

Más tarde, olvidadas la bulliciosa Argelia, las chumberas marroquíes o las palmeras tunecinas, y afincados ya en el espacio republicano francés -en “double rupture fondatrice” (Bonn 1994: 101)-, no conciben vivir en otro lugar: “Sa vie, il ne pouvait l’imaginer ailleurs qu’à la cité des Pâquerettes, avec ses copains comme balise Argos”[2] (Begag 1997: 7).
         Y ante los ojos de sus padres, ya no se reconocen -“Vous, on ne sait pas ce que vous êtes!... D’où vous venez?, d’où vous nous venez”-. Estos jóvenes aparecen como “enfants illégitimes! [...] Nous sommes pour eux comme des étrangers, mais des étrangers de leur sang...”[3] (Sayad 1979: 119).
         Después, otros escritores hablarán de ser un “producto contaminado”, como Leïla Sebbar, en Mes Algéries en France (2004), para quien el exilio es ante todo aprendizaje.


En consecuencia, no habría que hacer tanto hincapié en el exilio -exilios más bien puesto que cada exilio es singular- como elemento biográfico, sino en la palabra exiliada como tal, como lengua del exterior que permite ese retorno al “interior”.

“Guanyar una cultura”[1]

Si, como hemos visto, en Francia se trata de la “segunda generación”, en España, en Cataluña, Najat El Hachmi habla de su escritura como “generació de frontera”: “Érem els primers, encara no existien els referents. Escriure molt sobre tot això va ser una bona terapia”[2] (2004: 13, 47).




Esos individuos de frontera, de encrucijada cultural (Merino 2011: 3.- Mixticidad, nostalgérie).



Y si Leïla Sebbar, en Francia, se cuestionó sobre “l'Hommo Arabicus” -“el escritor magrebí consagrado a escribir, en la lengua del otro, historias de otro país, próximo y lejano, el país natal que desearía amar en la primera inocencia” (1991: 80)-, para las escritoras timazighen–catalanas, Najat El Hachmi y Laila Karrouch, sin renunciar a ninguna de sus vivencias, la memoria será también el único campo que les quede por labrar -cuna e infancia míticas habitan ya en el recuerdo.
Así, la narradora de L’últim patriarca (El Hachmi 2008/2009) no sabrá cuál será su destino, al igual que Zeïde de nulle part (Houari 1985): cuyo título revela la idea central de esta escritora beur, hija de inmigrantes marroquíes en Bélgica.




Sin embargo y aunque en un principio exista desarraigo en esas dos escritoras timazighen–catalanas, así como en la tierra donde nacieron -aldeas cercanas a Nador-, puesto que ya no son testigos de las vidas que allá abandonaron, nos ofrecen la imagen y la intención de integrarse, pues señalan que se puede ser de cualquier lugar sin renunciar a ser uno mismo, como expresa Karrouch en su relato autobiográfico:
Non he perdut la meva cultura ni les meves arrels, sinò que he guanyar una altra cultura i uns altres costums. M’agrada fer un bon cuscús per dinar i un entrepà de pa amb tomàquet per sopar. Per què no?![1] (2004: 150).





Como también El Hachmi plantea el derecho a trabajar en la propia ciudad que la acogió desde los ocho años, puesto que siente que forma parte del paisaje humano de Cataluña, “ja són més d’aquí que de cap altre lloc[2] (2004: 60).

¿O és que es pensen, senyors que redacten les lleis, que jo encara haig de tornar al Maroc, que els immigrants tenim per norma desplaçar-nos d’un lloc a l’altre eternament?[3] (83).

Una literatura realizada con profundas experiencias vividas -recreadas también-, en las que otros jóvenes, procedentes de la inmigración, desearían reconocerse, conservando su propia identidad y sintiéndose ciudadanos en su nuevo país junto con la anhelada complicidad de los autóctonos:

Un pensament de frontera que serveix per entendre dues realitats diferenciades, una manera de fer, de sentir, d’estimar, una manera de buscar la felicitat a cavall entre dos mons[4] (14).

Autoras que no desean “patrocinar” símbolo alguno, ni mercadear con el multiculturalismo folclórico (El Hachmi). Como también los beurs rechazan que se les considere como “les arabes de service”, al priorizar su origen étnico y no sus creaciones novelescas. Estos textos se dirigen tanto a la sociedad de origen como a la de acogida, ambas pobladas de prejuicios.
De Nador a Vic y Jo també sóc catalana se convierten así en los primeros testimonios de la emigración norteafricana de los años ochenta llegada a España, como lo fue, un año antes, La filla del Ganges (2003): testimonio de la adopción de una niña de siete años por una pareja catalana y emotivo relato sobre la búsqueda de los verdaderos padres de Asha Miró -nacida entre Mumbai y Nasik a orillas del Godavani, uno de los ríos sagrados de la India.



Desde el punto de vista narrativo, De Nador a Vic es un relato realista de estructura sencilla, que invita al lector, a lo largo de quince capítulos, a seguir la trayectoria personal de la narradora así como la de su familia, desde la salida de la aldehuela de los Karrouch y su llegada a Vic -“el mes d’agost de l’any 1985”-, hasta el 2002 con el nacimiento de “la meva petita a les 11:54 del migdia”:

i jo formo part de Vic i Catalunya, per què no dir-ho?, em sento catalana i ben privilegiada de poder conèixer dues cultures diferents, oposades, amb el seu encant i la seva màgia cadascuna[1] (149).

Y aunque su relato manifieste algún pequeño brote de racismo, no existe rencor sino comprensión al considerarlo como un caso aislado. Esa es la fuerza moral de la autora: “Vai arrivar a la conclusió que era veritat que hi havia molta més gent que ens respectava i no ens menyspreava”[1] (137).
Laila encierra una lección de mestizaje de culturas, rica y saludable, contraria a esa idea que divide, confronta, que preconiza que las culturas son construcciones monolíticas, cerradas herméticamente en una localización geográfica específica:

“No m’agrada quan parlen de xoc de cultures, nomès poden xocar les incultures”[2], señala El Hachmi, y Karrouch añade: “no sóc ni d’aquí ni d’allà i que sóc de tot arreu”[3].

De Nador a Vic es, por tanto, un relato con un futuro esperanzador depositado en la próxima generación catalana, la de Ikram, retoño de Laila y Omar, que sabrá hablar amazigh, catalán, castellano y otras lenguas.
Como también es reconfortante el relato y la respuesta de El Hachmi a su hijo Ridha, en Jo també sóc catalana, en la reivindicación de esta identidad que recuerda otros títulos: Els altres catalans de Francesc Candel y Nosaltres, els catalans de Víctor Alexandre.



















Luego, frente aquella “vergüenza” de antaño sentida por la falta de conocimientos y por la inadaptación a la escuela francesa, descrita por Azouz Begag en Le gone du chaâba -“nous les arabes nous n’avons rien à dire”[1]-, para Laila Karrouch el aprendizaje significa esfuerzo e integración: “tots els professors van ajudar-nos al màxim perquè poguéssim adaptar-nos”[2] (2004: 40).



Laila participa en juegos deportivos, afianzándose así la relación con sus amigas catalanas: “mai m’havien fer sentir diferent d’elles i no hi havia discrimanació de cap mena”[1] (47).
El Hachmi, aunque plantea qué futuro le espera a su hijo -“farà sempre de pont, com he fet jo, o sabrà arrelar definitivament?”[2]-, narra su clara integración y su sincero amor por la tierra de acogida:
No ho deus entendre, que m’estimo aquest país com te l’estimes tu, que els meus records més intensos s’amaguen en les pedres antigues d’alguns carrerons estrets, que aquí hi tinc els amics, els coneguts, la feina[3] (2004: 62).
La literatura queda enriquecida con estas autoras quienes, asimismo, difunden la literatura catalana, como El Hachmi, al señalar obras y autores que le han marcado: Victor Cátala, Mercè Rodoreda, Salvador Espriù, Manuel de Pedrolo, Pere Calders, o la alusión a la primera novela de caballería escrita en catalán, Curial i Güelfa.

De ahí, que toda la prensa catalana festeje, sin excepción, estos textos que narran historias humanas a partir de pequeñas cosas, que renuevan la literatura en lengua catalana -“en altres temps perseguida i menystinguda”[1]- que les recuerda la suya propia. Por lo tanto, “dues llengües germanes”[2]:

Sabrás que no hi ha idioma o dialecte millor ni pitjor, tots serveixen per expresar els nostres sentiments, els desigs i les frustracions[3] (El Hachmi 2004: 27).

Así, el vocabulario amazigh-catalán honra también a De Nador a Vic, dando a conocer lenguas no conocidas o habladas en una localización geográfica determinada. Como también, en Jo també sóc catalana, se describen expresiones metafóricas -como morir- tomadas directamente de la lengua amazigh: “el teu avi ha tornat a casa”[4] (194).

 Y a la manera del escritor senegalés, Boris Diop, al decidir escribir en wólof -Doomi Golo (2003) y alejarse así del francés “de nos amis d'Afrique” que puede denotar paternalismo (Zanganeh 2010)-, Karrouch, conocedora de que el amazigh no tiene estatus político, pide a los catalanes que no cambien de lengua para dirigirse a un extranjero:

















 La gent comet l'error de parlar-me en castellà. No tinc res en contra del castellà, però si realment volem que el català tingui força, l'hem d'utilitzar també quan ens dirigim a la població immigrant[1] (Piquer 2004: 47).

Así, Laila aprendió muy pronto a conocer la lengua catalana, puesto que respondía: “no entiendo español”, siguiendo el consejo paterno: “El pare confiava molt en mi i sabia que no seria capaç de decebre’l”[1] (Karrouch 2004: 110). Fue el padre, precisamente, quien la matriculó en la escuela Jaume Balmes de Vic y le inculcó el estudio para formarse y ocupar un lugar en la sociedad catalana.

 

Figura paterna


En el Magreb al padre se le remite a una figura ancestral: “Su puesto es único, heredado, inexpugnable antes de la muerte, y mientras esté vivo, ninguno de sus hijos puede prevalerse del título de padre ante él” (Benslama & Grandguillaume 1989: 337-352).
Luego, el padre es una figura capital en la literatura magrebí. En sus escritores pioneros de lengua francesa -por sólo citar a Chraïbi, Boudjedra, Ben Jelloun o Serhane-, llama la atención la dureza con la que es tratado este personaje: temido, ridículo o ausente. Lo que lleva a reflexionar que, frecuentemente, se trata de una apasionada búsqueda paterna (Merino 2011: 4.- La sombra del padre). Por eso, son muy importantes estas palabras:

Jamais vu un père de près. Ce qui s’appelle un père. Enfants de notre mère, on n’a été que ça. Du jour où le Français est entré dans ce pays, plus aucun de nous n’a eu un vrai père. C’était lui qui avait pris sa place, c’était lui le maître. Et les pères n’ont plus été chez nous que des reproducteurs. Ils n’ont plus été que les violateurs et les engrosseurs de nos mères, et ce pays n’a plus été qu’un pays de bâtards[1] (Dib 1968: 158).




En las escritoras magrebíes, en general -desarrollar este tema se saldría del marco y del espacio destinado a esta ponencia-, ese padre-ley suele aparecer como el genitor. En definitiva, quien orienta y guía, esa autoridad protectora y conservadora al mismo tiempo, como en Djebar, Tassadit, Bey, Rahmani, Gazsi, Behi, Oumhani o Fassi-Fihri, entre otras escritoras (Merino: idem).
En la que se denomina generación beur, y dependiendo también de los escritores y escritoras, la imagen del padre es menos omnipresente, dominante, o bien está dulcificada o añorada. Puesto que ahora, en la inmigración, ese ser iletrado, débil, no sólo por una vida dura de trabajo sino porque se encuentra en paro, no puede desempeñar el papel de patriarca y de guardián de la tradición. Sus hijos se le escapan:

vos enfants ont grandi ici, en France, vous avez voulu le meilleur pour eux, les instruire, leur donner ce qu’ils n’auraient peut-être pas eu en restant au pays [...] Ce sont eux qui choisiront, il faut l’accepter[1] (Nini 1993:149).

Los padres, resignados, sin poseer tierra firme, solamente ellos piensan en “le retour au pays”[2] (Begag 1997: 22).


L’últim patriarca

Najat El Hachmi, bajo el seudónimo de Mimouna Bouziane, presenta su segunda obra -L’últim patriarca- al Premio Ramon Llull 2008. El jurado, que la premia, destaca su “mucha intuición dramática”.
Como indica el título, doblan las campanas por el orden patriarcal de poder absoluto. Un ajuste de cuentas, una estocada al padre por parte de la hija adolescente (que el lector conoce pronto por el apelativo con el que la abuela se dirige a la voz narradora), y la ruptura con las cadenas tiranas de doble moral. Reflejo de una nueva generación que intenta expresar una identidad propia, entre dos aguas, “ni de aquí ni de allí”, pero que, sobre todo, inicia la búsqueda de su libertad personal.
Ruptura generacional que se da en todas las culturas. Autoridad paterna, violenta, promiscua, celosa, déspota, que se encuentra en cualquier sociedad, fruto de un patrón cultural patriarcal y un orden social que no sólo perjudica, atañe, a la mujer y a la hija sino también al hijo, al hombre -que encuentra dificultad para lograr que cambien las cosas, que padece situaciones límite y desea negarse a repetir un legado patriarcal que rechaza, en el árido desierto social”, retomando las palabras de Abdelwahab Bouhdiba (1975: 269)[1].


















L’últim patriarca está narrado con soltura y con ausencia de marcas convencionales en los diálogos, que ofrecen mayor fluidez descriptiva, las primeras páginas están dedicadas a Mimoun, hijo primogénito “conseguido” tras los consejos de las viejas mujeres a la madre para que se aleje de las “rivales” -“No et refiis de ningú i ruixa l’entrada de la porta amb el teu pixum del dia”[1]-, o bien tras la aplicación de ritos ancestrales:

L’àvia havia pres sang d’eriçó, s’havia banyat amb aigua on havia diluït l’esperma del seu home i s’havia fet fumejar l’entrecuix amb la barreja que cremava al foc, feta de sofre, gallarets esmicolats i excrements de colom secs[2] (El Hachmi 2009: 12).

Y así llegó al mundo Mimoun, “l’afortunat”:




El que tindria l’honor de cloure les generacions i generacions de patriarques destinats a fer del món un lloc ordenat i decente. Amb ell s’acabaria per sempre més la comdemna del patriarcat[3] (14).

Nacido después de sus tres hermanas -“el van acostumar als massatges amb oli d’ametller des que va a néixer”[4]- y destinado a seguir la tradición, desde edad temprana demuestra su carácter agresivo, justificado por la familia que le mima sin contención -“aconseguia sempre que les dones de la seva vida l’anessin convertit en patriarca”[5]-, y debido, según la versión oficial, a la aparición de un yenún -espíritu- transformado en cabra y aparecida en la orilla más alta del río, o según la versión menos oficial “que no s’explica mai”:

Tenint en compte que el germà de l’àvia havia pujat del riu poc després que Mimoun, no és estranya la possibilitat que, cansat d’envestir ases i gallines, aprofités l’eufòria del moment per buscar una cavitat més humana on introduit el seu membre erecte[6] (34).

Aparte del maestro que lo varea sin fin, su padre lo educa con golpes desde que le propinó una sonora bofetada cuando, con seis meses, no dejaba de gimotear. Pero un día sucedió lo impensable: “Era la primera vegada que un fill pegava al seu pare, era un capgirar l’ordre natural de les coses, era allò que ningú s’hauria imaginat mai”[7] (47).
Mimoun, inadaptado, rechazando el entorno marroquí, decide emigrar para hacer dinero y casarse. No sin antes de que su madre vendiera una pulsera de oro para sobornar al funcionario de turno en la obtención del pasaporte -prohibido en la minoría de edad-, y para costearle el viaje.
Entonces, en la reacción paterna a esa aventura, se desliza la xenofobia: “No se l’imaginava amb els espanyols, aguantant tot el que li diguessin, els insults, com solien fer amb els mors”[8] (73).
Así como quedan expuestos olores y costumbres tan dispares de la cultura del Otro:

“en aquest maleït país mengen tants porcs que han de fer alguna cosa amb els seus pixums. [...] Anàvem a veure granges de porc on aquells animals es llepaven el cul ple de merda”[9] (81, 203).

Y los tópicos y prejuicios de la cultura de acogida:

Encara era exòtic veure un moro allà al mig d’una ciutat tan d’interior [...] recordaven histories de magribins assassins durant la guerra, que havien tallat el cap a tot aquell que es trobaven per devant i quels penjaven desprès pels cabells al mig de la plaça[10] (84).

Estrategias en la escritura para hacer deslizar la propia pulsión, discurso que la narradora tiene de ella misma y de la sociedad de acogida.
Así como queda diseminada por el texto una fuerte sexualidad, como en “Un precepte religiós” o en “Nocilla, Super Mario i el sexe” -“sexe à double langue” (Khatibi 1983: 55)-, alusiva al placer sexual en relación con el placer de la escritura: “signe des signes, le sexe est la fin de la mémoire désordonnée”[11] (Khatibi 1971: 57).

Estrategias con prolepsis en una narración en pasado que retoma el presente para ofrecer “autenticidad” y en la que, en ocasiones, la voz narradora se delata: “ell la devia mirar amb aquells ulls que fa de vegades, de depredador” [...] “Es va estar molta estona caminant pel carrers [...], serrant les barres, com acostums a fer encara avui”[12] (El Hachmi 2009: 89, 97).






También en el relato de Nador a Vic, el padre cobra importancia en la educación de la pequeña Laila a quien anima a competir en atletismo. Sin embargo deberá dejar toda actividad deportiva en la pubertad, puesto que “¡enseñaba las piernas!”, y se oían comentarios de los amigos inmigrantes del padre: “No paraven de fer-li comentaris absurds amb les seves sàvies opinions”[1] (Karrouch 2004: 111).
Estamos en los años noventa, pero ya cuarenta años atrás, en Nulle part dans la maison de mon père de la argelina Assia Djebar, el padre de la narradora reacciona igualmente cuando ve a su hija núbil montando en bicicleta:

Je ne veux pas, non je ne veux pas - repète-il très haut à ma mère, accourue silencieuse -, je ne veux pas que ma fille montre ses jambes en montant à bicyclette![2] (2007: 49).


Ese mismo distanciamiento -descrito también en numerosas obras francófonas- del padre hacia la hija adolescente, y la prohibición de abrir la puerta de casa o de hablar con “ningún hombre”:

I si és moro encara menys, que ja me’ls conec, aquests! [...] Potser va veure el seu propi desig cap a totes les dones del món reflectit en l’esguard d’aquell home cap a mi[3] (El Hachmi 2009: 242).

Por tanto, el último texto de El Hachmi recoge conductas en los caracteres tradicionales, recreados ya en numerosos textos de las literaturas magrebíes de lengua francesa, como el encierro y la soledad de la madre ingenua, generosa, maltratada, que, llegada a Cataluña con sus hijos para reunirse con su esposo, no tiene más que sus retoños como lazo con un exterior “que le daba tanto miedo”.


Lo mismo que, en De Nador a Vic, Laila critica el hecho de que el padre conmine a su esposa para que no salga de casa, puesto que “debía continuar con la tradición”:

Moltes vegades, quan jo arribava del col.legi, donant la mà a la Rashida, notava els ulls de la mare humit i tristos. De seguida sabia si havia plorat o no, i puc dir que gairebè ploraba sempre[4] (Karrouch 2004: 42).

Crítica a la noche de bodas -“sense saber que aquell dolor a dins de la vagina només era el començament del calvari que l’esperava”[5]-, explícita también en las literaturas francófonas, y al veredicto ante la exposición de la sábana salpicada de gotas de sangre:

“Devia ser prou estrany que el sexe, tant privat i tabú que era en aquelles contrades, es fes tan públic en cerimònies com aquelles”[6] (El Hachmi 2009: 107, 105).

Las mismas fórmulas mágicas, ancestrales, para reconquistar al marido libidinoso, alejado de la fiel esposa por la tentación del “demonio”[7].
         Pero la extrema violencia del padre -“cuchillos y vasos volantes”-, su enfermiza vigilancia sobre la hija y, especialmente, su doble moral y la dolorosa sumisión materna, hacen mella en la narradora que busca su propio espacio -religioso y sexual- en el mundo, y que va a rebelarse con toda libertad, sin ambages. Comenzaba a abrir el camino hacia “l’enderrocament definitiu del patriarcat”: “Quan ja pensaves que només podies morir-te o matar-lo”[8] (303, 287).
Finalmente, sabiendo que el padre exigiría un certificado médico que probara su virginidad, “¡en un papel con membrete de la Seguridad Social!”:

 “En realitat no era que m’hagués volgut matar, no era, només va ser, doctor, que estava molt cansada de tot que ja no podia més”[9] (316).

El último patriarca, que parecía extinguirse, toma cuerpo en el amor de su vida con quien se casa a pesar de toda clase de impedimentos. Entonces, asiendo su propio destino, lo abandona, retomando la libertad deseada de siempre, mientras echa en cara al padre que la vigile de nuevo.
A la clausura de la novela “Una venjança en tota regla”[10] ofrece un hecho inesperado, que explica la elaboración cuidada del texto, su intriga, y la promesa decidida de terminar, de una vez por todas, con un orden establecido “que ja feia temps que em perseguia”[11] (331).


Conclusión

Existen literaturas singulares, literaturas plurales. Invariablemente inquietan, perturban, el orden preestablecido que ignora magníficamente la humanidad de los hombres sedientos de poder temporal. Sin embargo, singulares o plurales, las literaturas del mundo tienen en común un sentido reflexivo cuyo devenir paradójico es una fuerza de reconciliación y de connivencia que trabaja en el comportamiento estético, en la expresión de la sensibilidad personal y en la comprensión de la tolerancia. Estos escritores/as engendran y embellecen textos rizomas (Deleuze & Guattari 1972:13), cuya expresión se conjuga con un movimiento lingüístico y cultural propio de una literatura con una gran experiencia abierta, incontestablemente, a la Alteridad: pensarse a sí mismo/a como otro significa que el otro es constitutivo de mi propia identidad (Ricœur 1990). Je est un autre, dijo ya el poeta. La identidad en sentido de ipse: identidad dinámica, que acoge lo desconocido, lo inesperado, otro lugar.




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Sayad, Abdelmalek. Les enfants illégitimes, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, nº 26-27 mars-avril, París: Hautes Études en Sciences Sociales, 1979, pp. 117-132.
- La Double Absence : des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré. París: Seuil, 1999.
Sebbar, Leïla. Parle mon fils parle à ta mère, París: Stock, 1984.
- Magazine littéraire nº 291, París, septembre, 1991.
- Mes Algéries en France, Saint-Pourçain-sur-Sioule: Bleu autour, 2004.
Serhane, Abdelhak. Messaouda, París: Le Seuil, 1983.
Tadjer, Akli. Les ANI du Tassili, París: Le Seuil, 1984.
Touabti, Hocine. L’Amour quand même, París: Belfond, 1981.
Zanganeh, Lila Azam. Le Monde des livres, 15/4/2010.
Zehar, Hacène. Miroir d’un fou, París: Fayard, 1979.
Zitouni, Ahmed. Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains, París: Robert Laffont, 1983.






[1] “No paraban de hacerle comentarios absurdos con sus sabias opiniones”.
[2] “¡No quiero, no, no quiero -repite en voz muy alta a mi madre, que acudió silenciosa-, no quiero que mi hija vaya enseñando las piernas mientras monta en bicicleta!
[3] Y si es moro aún menos, ¡que ya me los conozco yo, a esos! [...] Tal vez había visto su propio deseo por todas las mujeres del mundo reflejado en la mirada que ese hombre posaba en mí.
[4] Muchas veces, cuando llegaba del colegio de la mano de Rashida, notaba los ojos de mi madre húmedos y tristes. Enseguida sabía si había llorado o no, y puedo decir que casi lloraba siempre.
[5] “sin saber que aquel dolor en la vagina sólo era el comienzo del calvario que la esperaba”.
[6] “Debía ser bastante raro que el sexo, tan privado y tabú como lo era en aquellas comarcas, se hiciera tan público en ceremonias como aquellas”.
[7] Al hilo de esos ritos, dice la escritora marroquí Nadia Chafik: “lo que cuenta, para las mujeres como ella, es el matrimonio. Echar el guante a un hombre, hacer hijos para asegurarse guardarlo, un talismán por aquí, hierbas para quemar por allá y hala, la partida está ganada” (1998: 144).
[8] “el derrocamiento definitivo del patriarcado”: “Cuando ya pensabas que sólo podías morirte o matarlo”.
[9] “En realidad no era que me hubiera querido matar, no era nada más, doctor, que estaba muy cansada de todo, que ya no podía más”.
[10] “Una venganza en toda regla”.
[11] “que ya hacía tiempo que me perseguía”.

[1] “No te fíes de nadie y riega la entrada de la puerta con tu orina del día”.
[2] La abuela había cogido sangre de erizo, se había bañado con agua donde había diluído el esperma de su hombre y se había hecho fumigar en la entrepierna con la mezcla que quemaba en el fuego, hecha de azufre, amapolas en trocitos y excrementos secos de paloma.
[3] El que tendría el honor de clausurar las generaciones y generaciones de patriarcas destinados a hacer del mundo un lugar ordenado y decente. Con él se acabaría para siempre jamás la condena del patriarcado.
[4] “desde que nace le van a acostumbrar a masajes con aceite de almendras”.
[5] “conseguía siempre que las mujeres de su vida le convirtieran en patriarca”. Crítica acerada a la mujer por esa conducta, en muchas escritoras como en Malika Mokkedem: “Veía a las madres perpetuando esa segregación. A fuerza de observar su monstruosidad, su perversión y de intentar comprender sus motivaciones me forjé una convicción: la perfidia de las madres su misoginia y su masoquismo forman hombres en ese papel de hijos crueles” (2005: 12).
Leïla Marouane (2005) narra la furia de una madre ante un rosario de desgraciasy lejos de toda perífrasis, llamando a las cosas por su nombre, logra la proeza de mostrar cómo la mujer defiende teorías machistas en su perjuicio, convirtiéndose así en su propio enemigo. De esa manera, se crea la distancia con el sexo opuesto en un dañino patriarcado, mientras los hermanos se alegran “por no ser chicas en este país”.
[6] “que no se explica jamás”: Teniendo en cuenta que el hermano de mi abuela había vuelto del río poco después de Mimoun, no se puede excluir la posibilidad de que, cansado de embestir a asnos y a gallinas, aprovechara la euforia para buscar una cavidad más humana en la que introducir su miembro erecto.
[7] “Era la primera vez que un hijo pegaba a su padre, era alterar el orden natural de las cosas, aquello que nadie hubiera imaginado nunca”.
[8] “No se lo imaginaba con los españoles, aguantando todo lo que le dijeran, los insultos, como solían hacer con los moros”.
[9] “en este maldito país comen tantos cerdos que tienen que hacer algo con sus orines. [...] Iban a ver granjas de cerdos donde esos animales se lamían el culo lleno de mierda”.
[10] Todavía era exótico ver a un moro allí en medio de una ciudad tan del interior [...] recordaban historias de magrebíes asesinos durante la guerra, que habían cortado la cabeza de todo aquel que se encontraban por delante y que las colgaban después por los cabellos en medio de la plaza.
[11] signo de signos, el sexo es el fin de la memoria desordenada”.
[12] “él la debía mirar con esos ojos que pone a veces, de depredador ” [...] “Había caminado mucho tiempo por las calles [...], apretando los dientes, como acostumbra a hacerlo aún hoy”.

[1] Llamo la atención al lector, para señalar que ese marco no es patrimonio exclusivo de las sociedades musulmanas sino que esa cosmogonía androcéntrica se repite en otras colectividades, como Italia, Grecia o España, puesto que básicamente los factores económicos, religiosos, sociales y políticos han determinado las relaciones familiares patriarcales durante milenios en toda el área mediterránea.

[1] vuestros hijos han crecido aquí, en Francia, habéis querido lo mejor para ellos, instruirlos, darles lo que no hubieran tenido tal vez quedándose en el país [...] Son ellos quienes escogerán, hay que aceptarlo.
[2] “el retorno al país”.

[1] Jamás ví un padre de cerca. Lo que se llama un padre. Hijos de nuestra madre, no hemos sido más que eso. Desde el día en el que el francés entró en este país, ninguno de nosotros ha tenido un verdadero padre. Fue él el que había ocupado su lugar, fue él el dueño. Y los padres no fueron en nuestras casas más que reproductores. No fueron más que los violadores y los que embarazaban a nuestras madres, y este país no ha sido ya más que un país de bastardos.

[1] “El padre confiaba mucho en mí y sabía que no sería capaz de decepcionarle”.




[1] No tengo nada en contra del castellano, pero si realmente queremos que el catalán tenga fuerza, lo hemos de utilizar también cuando nos dirigimos a la población emigrante.




[1] “en otros tiempos perseguida y menospreciada”.
[2] “dos lenguas hermanas”.
[3] “Sabrás que no hay idioma o dialecto mejor o peor, todos sirven para expresar nuestros sentimientos, los deseos y las frustraciones”.
[4] “tu abuelo ha vuelto a casa”.

[1] “nunca me habían hecho sentir diferente de ellas y no había discriminación alguna”.
[2] “¿hará siempre de puente, como he hecho yo, o sabrá arraigar definitivamente?”
[3] No debes etender que quiero a este país como lo quieres tú, que mis recuerdos más intensos se esconden en las piedras antiguas de algunos callejones estrechos, que aquí tengo los amigos, los conocidos y el trabajo.

[1] -“nosotros los árabes no tenemos nada que decir”-.
[2] “todos los profesores van a ayudarnos al máximo para que pudiésemos adaptarnos”.





[1] “Voy a llegar a la conclusión de que era verdad que había mucha más gente que nos respetaba y que no nos despreciaba”.
[2] No me gusta cuando hablan del choque de culturas, nada más pueden chocar las inculturas”.
[3] no soy de aquí ni de allí, porque soy de todo lugar”.

[1] Formo parte de Vic y de Cataluña, ¿por qué no decirlo?, me siento catalana y bien privilegiada por poder conocer dos culturas diferentes, opuestas, con su encanto y su magia cada una.

[1] No he perdido mi cultura ni mis raíces, sino que he ganado otra cultura y otras costumbres. Me gusta hacer un buen cuscús para comer y un bocadillo de pan con tomate para cenar. ¡¿Por qué no ?!
[2] son ya más de aquí que de ningún otro lugar”.
[3] ¿O es que piensan, los señores que redactan las leyes, que aún debo retornar a Marruecos, que los inmigrantes tenemos por norma desplazarnos de un lugar a otro?
[4] Un pensamiento de frontera que sirva para entender dos realidades diferentes, una manera de hacer, de sentir, de estimar, una forma de buscar la felicidad a caballo entre dos mundos.

[1] No he perdido mi cultura ni mis raíces, sino que he ganado otra cultura y otras costumbres. Me gusta hacer un buen cuscús para comer y un bocadillo de pan con tomate para cenar. ¡¿Por qué no ?!



[1] Ganar una cultura”.
[2] “Éramos los primeros, aún no existen referentes. Escribir mucho sobre todo eso va a ser un buena terapia”.

[1] Cuando seamos gordos y felices y cuando cada uno tenga un trabajo, un alojamiento y un poco de amor, entonces podremos contarnos novelas rosas. Pero aún nos queda mucho tiempo para reir violentamente.
[2] “Su vida no podía imaginarla en otro lugar más que en la ciudad de las Margaritas, con sus amigos como baliza Argos”.
[3] -“¡Vosotros, uno no sabe quiénes sóis !... ¿De dónde venís?, ¿de dónde nos venís? ”-. “¡hijos ilegítimos! [...] Somos para ellos como extranjeros, pero extranjeros de su sangre... ”.

[1] “su barrrio de exilio”.
[2] “el tema es mi barrio”.

[1] “Beur es lúdico. Eso también rebaja. Esa generación ni verdaderamente francesa, ni verdaderamente argelina”.

[1] No sé por qué dicen Radio-Beur, ¿por qué Beur, es eso la mantequilla de los franceses que se come sobre el pan ? No lo entiendo. ¿Por el color? No son así, no es el color de los árabes... [...] - El hijo enseñó a la madre que la palabra Beur había sido hecha a partir de la palabra árabe, al revés. Le costó mucho convencerla de que árabe al revés, a partir de la última sílaba, daba Beur; a dónde habían ido las a, no se las oía ya y eso que había dos... El hijo añadió que Beur no tenía nada que ver con la palabra país. Se decía también Rebeu por árabe... ahí no había ya a y, al revés, se obtenía fácilmente Beur. [...] Y luego ella repetía que eso no sonaba bien, que era demasiado como la palabra francesa para ese alimento graso y blando que no le gustaba...




[1] “Beur remite a la vez a un espacio geográfico y cultural, el Magreb, y a un espacio social, el de la periferia y el del proletariado”.


[1] “Francia es como un ciclomotor: para avanzar, le hace falta mezcolanza”.



[1] Existen otras entidades y variantes berebófonas: chaoui, targui, mozabite…